Des parties de cœur un peu partout

des-parties-de-coeur-un-peu-partout-voyageQuand j’suis partie de chez moi l’été dernier, j’m’attendais à rien. J’ai fais d’mon mieux pour remplir ma valise au maximum, avec tout ce que j’avais de plus précieux. J’ai fais bien attention de trouver d’la place pour mes doudous d’hiver et pour mon toutou préféré. Faut pas juger – j’partais pour un an dans un pays inconnu et j’prévoyais déjà avoir besoin de réconfort. J’m’en allais m’installer dans une nouvelle maison. J’espérais qu’elle serait pas trop petite, et que les gens qui y vivent ne soient pas trop mal non plus.

Finalement, quand j’t’arrivée à l’aéroport de Monterrey, j’me suis rendue compte que ma valise avait disparue. En fait, c’est plus que ma valise qui avait disparu. La vie m’avait privée de toutes mes sources de réconfort matérielles. J’ai paniqué un peu. Si seulement j’avais su à quel point j’allais trouver mieux…

J’suis arrivée à la maison un dimanche soir. Toute seule. Avec un sac à dos rempli de livres et de cahiers. C’est une grande brune, un bébé au bras, qui m’a ouvert. Son mari, un grand blond, la suivait, bière à la main. Il m’en a offert une. C’est rare que j’refuse, puis en plus j’voulais avoir l’air sociable, faque j’ai dit oui. En les suivant au salon, j’ai aussi connu la p’tite artiste blonde, pis le grand brun un peu perdu.

Je l’ai su tout de suite : j’venais pas juste de m’installer dans une nouvelle maison. J’venais d’me trouver un nouveau chez moi.  Pis une nouvelle famille. J’venais de trouver un endroit et des personnes qui auraient toujours une partie d’mon cœur.

J’y suis retournée l’autre jour. Juste pour dire salut. C’était comme si j’n’étais jamais partie. J’me suis étendue sur le divan du salon avec le bébé qui n’est même plus un bébé. Puis là, j’ai tout revu. J’me suis revue en train de potiner dans la cuisine avec la grande brune. J’me suis revue en train d’essayer d’me découvrir un côté artistique avec la p’tite blonde. J’me suis revue en train de pleurer mes insécurités tard le soir avec le grand brun, parce qu’au final c’est pas lui qui s’est perdu, c’est moi. J’me suis revue demander conseils au grand blond parce que lui il sait toujours tout de tout. J’me suis aussi revue en train de jouer à la cachette avec le p’tit bébé pis le minou.

J’nous ai revus être une famille. Une vraie. Une famille qui fait que j’suis encore au Mexique aujourd’hui.

J’ai aussi revécu plein de beaux moments qui ont fait de cette maison ce qu’elle est. J’ai revécu les nuits passées à danser sur les divans, l’échange de cadeaux, les karaokés, les déjeuners céréales, le froid, les clamatos… Tous ces petits moments qui embellissaient mon quotidien.

J’ai aussi revécu ces grands moments trop plein d’émotions. Les calins, les chicanes, les portes qui claquent, les pleurs, les confessions, les erreurs, les abreuvoirs. Des souvenirs qui font de cette maison ce qu’elle est aujourd’hui. Qui la rendent vivante. Qui lui donne une histoire – notre histoire.

Y’a des places pis des gens comme ca. Qui ont été mis sur ton chemin pour une raison. Qui auront toujours une partie de toi. Une partie d’ton cœur. Peu importe le temps qui passe, où la distance qui nous sépare. C’est ce qui rend le fait de voyager magnifique. Voyager c’est comme une histoire d’amour. Tu apprends à découvrir, à aimer. Tu apprends à laisser des parties de toi un peu partout où tu vas. Pour après avoir plein d’endroits que tu peux appeler un chez-toi. Où les gens que tu aimes vont toujours t’accueillir à bras ouverts et où les souvenirs ne s’effaceront jamais.

Laurence


Dans la mi-vingtaine, Laurence a décidé d’entreprendre sa vie d’adulte à l’étranger. Elle est maintenant prof de français au Mexique, où elle vit sous le soleil toute l’année. Elle adore la couleur des palmiers et rêve secrètement de devenir ballerine. Elle aime passer ses après-midi à écrire, et ses soirées à boire du vin avec ses copines. La poutine lui manque, mais elle compense avec des tacos. Ça va.

(couverture: tumblr.com)

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