À toi, qui s’approprie le droit de juger mon corps

à toi qui s'approprie le droit de juger mon corpsDepuis longtemps je cherche comment exprimer ce que je ressens face au regard des autres sur mon corps. Durant mon déménagement, il y a quelques semaines, j’ai vécu deux situations qui, ajoutées à ma fatigue suprême and that time of the month, m’ont complètement révoltée. Ça a commencé avec un de mes déménageur qui, en parlant de vin, nous lance à moi et mon chum avec un air des plus innocent ‘Hey! Corsé et généreux! Comme vous deux. Toé mon chum t’es corsé, pis toé t’es généreuse’. First, tu t’es trompé, c’est fruité et généreux. Deuxièmement, j’aimerais vraiment croire que tu parlais de la qualité, mais le fait que tu fixais mon corps en disant tout ça me confirme que tu parlais bel et bien de celui-ci. Le deuxième évènement s’est passé sur la route, la même journée. Je suivais un pick-up noir, conduit par un homme. Tout allait bien jusqu’à ce que mon regard soit attiré surun autocollant sur sa fenêtre arrière. Il disait ‘No Fat Chicks’, agrémenté d’un dessin du profil d’une femme à la fine taille et aux gros seins. Charmant! Je n’ai même pas à en rajouter. Voir qu’on fait de la discrimination ouvertement comme ça. J’aurais tellement espéré que tu aies un malaise ou que tu pognes un flat, et que la seule personne présente pour t’aider aurait été moi, la fat chick.

Avec tout ça, je sais maintenant comme exprimer mon sentiment. Ce texte s’adresse à toi, la petite fille du secondaire, qui m’a déjà mis à part des autres à cause de mon corps. À toi mon ami, qui se permet de faire des jokes sur mon poids. À toi l’inconnu, qui trouve toujours plein d’adjectifs péjoratifs pour désigner mon physique. Ce texte s’adresse à toi, qui s’approprie le droit de juger mon corps.

À toi, très chère personne qui est tellement bien dans sa peau, qu’elle se permet de juger le corps des autres. Moi, je suis grosse et c’est là-dessus que tu m’attaques. Mais je parle au nom de tous les gens – minces, grands, petits, handicapés, et j’en passe –  dont tu as déjà jugé l’apparence.

Premièrement, je vais commencer par te rappeler la date. Aujourd’hui nous sommes le 25 Août 2016. C’est malheureux, parce qu’en 2016, pour les gens comme toi, tous les autres qui ne sont pas faits selon ton moule sont considérés comme différents. Pourtant, je t’assure que nos dedans sont pratiquement pareils, excepté que moi j’ai probablement plus de cœur. Je contribue à la société autant (si ce n’est pas plus) que toi, et on m’a donné le droit à la vie avec tous mes défauts et mes qualités, autant que toi.

Malheureusement, à cause de toi, j’ai commencé à détester mon corps. Plus jeune, je frappais mon ventre tellement je le détestais. J’ai porté des coton-ouatés tous les jours, de ma 4ième année du primaire jusqu’à mon secondaire 3, été comme hiver, pour essayer de me camoufler. Pour ne pas que tes yeux aient à voir mon horrible corps et que tu puisses peut-être oublier, le temps d’une journée, de me rappeler à quel point je suis dégoutante. Je ne me rappelle pas trop quand exactement, mais j’ai aussi commencé à faire de l’angoisse tellement j’avais peur de ce que tu pensais de moi. Pendant un moment, j’ai même voulu être toi. Je me disais que ton moule était le bon, et qu’il devait être parfait. Tellement parfait que tu pouvais détruire l’estime de soi des autres. Je voulais être comme toi, le reflet de ce que la société devrait être, pour enfin devenir une bonne personne à mon tour et mériter de profiter de la vie sans me soucier de ce que les autres pensent de moi.

Un jour, après plusieurs séances de psy, j’ai enfin compris – et je me suis sentie désolée pour toi. Désolée pour ton manque d’ouverture d’esprit, désolée pour ton manque de culture, désolée pour ton manque de respect que tu as envers moi mais aussi envers toi-même. Et désolée que tu ne t’aimes pas à ce point. J’ai compris que je n’avais pas besoin de ton approbation pour vivre ma vie comme je l’entends. Que ton regard, lorsque j’entre quelque part, ne devrait pas me déranger. Et que celui que je te donne devrait te faire regretter tous les jugements que tu as pu porter sur moi et les autres, tellement il est rempli de confiance.

Mon corps, il est à moi, il est précieux et il est comme il est. Si un jour je ne suis plus bien dedans, JE suis la seule personne qui a le droit de juger que je dois le changer, PAS TOI! Si mon corps te dérange à ce point, je t’invite à regarder ailleurs lorsque tu me vois, ou même à changer de pièce. Avec un peu d’effort, tu arriveras à cesser les jugements et à apprécier la diversité corporelle. Tu n’as aucun besoin de me dévisager ou de mettre un sticker sur ton char pour me dégrader et me faire sentir comme un déchet. Je sais à quoi je ressemble; j’ai des miroirs chez moi.

Si jamais tout ce que je viens de te dire n’a pas encore été assez percutant pour te sensibiliser, je veux simplement te rappeler que ce que tu fais, c’est aussi grave que du racisme ou du sexisme. Te rappeler que des tas de gens sont dépressifs, anxieux, suicidaires et que malheureusement, tu as probablement participé au maintien de ces états, que je ne souhaite à personne.

Je te souhaite une prise de conscience, une nouvelle ouverture d’esprit et du respect. J’espère qu’un jour, tu rencontreras quelqu’un qui ne fitte pas dans tes standards actuels, et qui t’obligera à avoir un nouveau regard sur nous, les ‘différents’.

Et qui sait, la vie fait tellement bien les choses… tu deviendras peut-être ‘différent’ un jour toi aussi. On verra comment tu te sentiras.

Xoxo,

Christine B

 


Scénariste en chef de sa vie, Christine a développé au courant des dernières années une habitude à s’imaginer chaque moment qu’elle vie ou espère vivre. Elle est passionnée par à peu près TOUT et proclame être le parfait équilibre entre la matante de salon et la party animal. Observatrice, elle adore l’être humain dans toute sa complexité et ses comportements qui parfois, disons-le, sont assez weird. La plus grande quête de sa vie : maîtriser l’art de la confiance en soi. On ne peut la décrire sans mentionner les mots mode et maquillage qui, à chaque fois prononcés, lui procurent les papillons d’un premier baiser. Born and raised sur la Rive-Sud de Montréal à proximité du Dix30 et du centre-ville, elle doit maintenant apprivoiser sa nouvelle vie de beauceronne et le magasinage en ligne.

(gifs: giphy.com)
(couverture: pinterest.com)

6 commentaires sur À toi, qui s’approprie le droit de juger mon corps

  1. Catherine
    25 août 2016 at 6:25 (10 mois ago)

    Merci pour ce texte. J’ai 37 ans et je commence à vivre plus facilement avec le commentaire reçu à 15 ans de la part de la fille la plus hot de l’école:  »Moi, si un jour je deviens grosse comme toi, j’espère vraiment avoir le courage de me suicider ». Cette phrase raisonne encore dans ma tête dans les cabines d’essayages, à la plage et avant d’entrer dans un bar. Longue vie à ce blogue xx

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    • Christine
      25 août 2016 at 8:34 (10 mois ago)

      J’espère en réveiller quelques- uns et faire comprendre aux gens comme toi et moi qu’on est beaux de la tête au pied. Merci de prendre le temps de nous lire. Big love xx

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  2. Sophie Fatale
    25 août 2016 at 9:55 (10 mois ago)

    Je t’aime dans toute ta splendeur Fille.

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    • Christine
      25 août 2016 at 10:12 (10 mois ago)

      Love you big time xxx

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  3. Mat
    25 août 2016 at 10:10 (10 mois ago)

    S’est triste et beau en meme temps…. bravo

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    • Christine
      25 août 2016 at 10:12 (10 mois ago)

      Xxx

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