Le jour où je me suis alliée avec l’anxiété

trouver-la-source-de-son-anxiété3Depuis aussi longtemps que je me souvienne, je cherche la source de mon problème d’angoisse. Quelques fois, je cherche un peu trop loin et des souvenirs me reviennent en tête. Je dois commencer par vous confier que dans ma vie, chaque moment est préalablement scénarisé.  Je peux m’imaginer un évènement au moins 20 fois différentes avant d’enfin le vivre, pour me rendre compte que malheureusement, c’est rarement digne des films Hollywoodiens. Plus d’une série B, genre.

Quand j’étais en 6e année, mon but était de devenir invisible. Je venais tout juste de découvrir le film Hariette la petite espionne sorti en 1996. En gros c’est l’histoire d’une jeune fille de 11 ans qui écrit dans un journal intime à propos de ses camarades d’école. Jusqu’au jour où une fille de sa classe (digne de Régina George dans Mean Girls) lui vole son carnet et utilise ce qu’elle avait écrit pour lui faire perdre tous ses amis.

Bref, déjà à cet âge, j’étais obsédée par l’écriture, alors vous comprendrez que ce film m’avait très très inspirée. J’ai pris un de mes nombreux journaux intimes (vous savez ceux avec un petit cadenas qui s’ouvre avec une petite clé – qui en passant s’ouvre avec n’importe quel autre clé ou truc pointu), attrapé mon crayon à gel marbré, et je me suis mise à écrire une page sur chaque élève de ma classe. J’écrivais TOUT ce que je pensais d’eux;

«  Lui c’est Jonathan, il a redoublé genre 3 fois et est beaucoup plus vieux que tout le monde. Beaucoup de gens le trouvent méchant parce qu’il intimide les autres, mais moi il me sourit. Je pense qu’il a un kick sur moi. »

« Elle c’est Vanessa, elle a le même parcours que Jonathan, sauf qu’elle est méchante pour vrai. Ça l’air qu’elle se bat souvent pis qu’a prend de la drogue. Elle se pense tellement belle mais elle est TROP LAIDE ! A m’fait vraiment peur, faque je fais semblant d’être fine avec, mais dans le fond je l’aime vraiment pas parce que c’est pas une bonne personne. »

Le lendemain matin, j’ai enfilé mes jeans à pattes d’éléphant, mis mon chandail ECKO bleu avec le logo à paillette rouge (#SWAG) et juste avant de partir pour l’école, j’ai attrapé mon journal et l’ai glissé dans mon sac.

Ma journée à l’école s’est bien passée, sauf peut-être à ma pause, ou j’ai attendu impatiemment la réponse de mon ULTIMATE CRUSH, à qui j’avais avoué mon amour dans une lettre la veille! Il m’avait répondu que je serais une SUPER AMIE pour lui, en m’appelant ma petite cocotte à chaque phrase…

J’avais tellement été insultée! Orgueil du premier rejet amoureux. J’étais tellement intimidée par ce garçon là que j’avais consacré plusieurs heures à créer un plan de match sur comment j’allais lui remettre ma lettre. Je m’étais dit que j’allais aller le voir, jaser un peu et avant de partir, j’allais lui dire « Ah j’ai oublié de te donner ça! » et retourner dans ma classe bien chillax. Finalement, mon plan n’avait pas vraiment marché… Je me souviens d’avoir fait semblant de chercher quelque chose dans mon casier jusqu’à ce que je l’aperçois. Je m’étais ensuite faufilée vers lui et lorsqu’il m’avait vu, en me lançant un  HEY!  avec son beau sourire, juste assez fort pour que tout le monde se retourne, j’ai figée sur place sans rien dire. Je lui ai tendu la lettre et je suis repartie pratiquement à la course. #Awkward. C’est d’ailleurs la première fois que j’ai senti mon cœur battre tellement vite que j’avais l’impression qu’il s’était arrêté.

En revenant de ma pause, j’avais pris place à mon pupitre, et j’attendais patiemment que la deuxième cloche sonne. Jusqu’à ce que j’entende rire derrière moi, et que le fameux méchant Jonathan essaie d’attirer mon attention en me faisant des « Pssst»! La suite est encore au ralenti lorsque j’y repense. Je me suis retourné vers lui et j’ai aperçu environ 6 autres élèves (de la gang des cool) autour de lui en train de lire mon fameux journal et de se bidonner. J’ai pu voir que la serrure était brisée, juste avant de me retourner pour éviter le regard des autres. C’était la deuxième fois que je sentais mon cœur battre tellement vite que j’avais l’impression qu’il s’était arrêté.

J’ai voulu ramasser mes choses et sortir de la classe, mais en ouvrant mon coffre à crayons je me suis aperçue qu’en plus, ils m’avaient volé tout le contenu de mon étui. OH HELL NO! Me voler mon coffre à crayons, c’est comme si je te volais ton argent de poche. C’EST NON! J’ai regardé les élèves autour de moi, et ils avaient tous un de mes crayons ou une de mes effaces qui sentaient les fruits. J’ai trouvé le courage de lever la main. Pas trop haut, juste assez pour que mon prof me voit. Au même moment, Jonathan m’a redonné mon cahier et m’a chuchoté « Ste plaît dis rien ». J’ai repris mon journal. « Est-ce que je peux vous parler dans le corridor ? »

Je suis sortie de la classe. Mes genoux était tellement faibles que je ne me souviens même pas comment j’ai fait pour marcher jusqu’au corridor. L’anxiété avait tellement monté que je n’entendais même plus les bruits ambiants, tout me semblait au ralenti, je pensais m’évanouir.

J’ai fini par convaincre mon prof que j’étais malade et que je devais partir. Je ne suis pas retournée à l’école de la semaine. Toutes les excuses y sont passées; maux de ventre, maux de cœur, mal de tête. Je n’ai jamais raconté cette histoire ni à mes parents, ni à mes profs. J’avais beaucoup trop peur que les élèves en question commencent à m’intimider et que la situation se détériore.

Cette journée là, j’ai perdu le peu de confiance que j’avais en moi et envers les autres élèves. J’ai toujours été anxieuse, même avant cet incident, mais disons que celui-ci a fait en sorte que j’ai passé le reste de mon secondaire en état d’anxiété constant.

Jamais trop d’amis en même temps pour éviter d’avoir l’attention sur moi, toujours en coton ouaté pour cacher mon corps, toujours assise dans un coin dans le fond de la classe pour pouvoir voir tout ce qui se passait. J’étais tellement toujours stressée que je me souviens très vaguement de mon secondaire – tout est flou, comme si j’avais passé tout ce temps dans une twilight zone à ne pas profiter de la belle vie qu’on a, à cet âge.

Tout ça pour finalement me rendre compte que mon intimidateur durant toutes ces années, c’était moi. Je me jugeais, je me restreignais, je m’empêchais moi-même de vivre ce que je voulais réellement vivre. Comme si je le faisais avant que les autres puissent le faire. Aujourd’hui il m’arrive encore parfois, devant l’inconnu, de retrouver la petite Christine qui se restreignait elle-même, mais j’essaie du mieux que je peux de profiter de chaque instant, de faire ce que j’ai réellement envie de faire et de danser avec l’inconnu plutôt que de le repousser.

Christine B

 


(source gifs: giphy.com)
(couverture:  blueskypapers.com)

4 commentaires sur Le jour où je me suis alliée avec l’anxiété

  1. Lise
    3 août 2016 at 4:29 (11 mois ago)

    J’adore j’adore j’adore….

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    • Christine B
      3 août 2016 at 9:10 (11 mois ago)

      Merci Lise xxx

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  2. Robon
    3 août 2016 at 9:42 (11 mois ago)

    J’aime ta conclusion, ça démontre une grande sagesse qui t’habite de plus en plus. xoxo

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    • Christine Bonin
      4 août 2016 at 3:49 (11 mois ago)

      Merci ! :)

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