Il y a 3 semaines, j’aurais accouché

faussecoucheLa fausse couche, c’est in ces temps-ci. Je vois des articles sur le sujet un peu partout. C’est bien, car parfois c’est un peu tabou, et si ça peut démystifier un peu le tout…  pourquoi pas. Comme c’est un sujet qui semble tellement trendy, ça l’air que je suis trendy aussi – j’en ai évidemment vécu une.

Il y a 3 semaines, j’aurais accouché. Si mon bébé avait décidé de rester dans mon bidon, je serais maman. Mais mon bébé a choisi de partir rejoindre les anges.

Qu’est-ce que j’ai fait (ou pas fait) pour mériter ça? Ça semble être un questionnement récurrent pour une bonne partie des femmes qui vivent une fausse couche. Je n’ai pas pris mes vitamines en début de grossesse. La PMA (procréation médicalement assistée) étant ce qu’elle est, on m’a dit qu’il n’y avait pas de bébé, puis qu’il y avait un bébé, puis qu’il n’y avait pas de bébé, puis qu’il y avait un bébé. Bref, j’ai bu de l’alcool, j’ai mangé beaucoup de sucre, je n’ai pas bien dormi, je suis allée marcher longtemps, j’ai fait de l’exercice intense…

Je sais bien qu’ultimement, ce n’est pas moi, ou ce que j’ai fait (ou pas fait) qui a causé la fausse couche. Je ne suis pas complètement dénuée de sens au point de penser que j’ai volontairement provoqué la fausse couche ou quoi que ce soit mais… c’était mon bidon, sa maison… et mon bébé ne s’y est pas accroché. Suis-je une si mauvaise hôtesse?

Je n’ai pas vraiment bien vécu ma fausse couche. J’étais déjà pas mal par terre, sans aucune énergie, siphonnée par la job, les traitements difficiles et complexes de fertilité et un couple qui battait un peu de l’aile (si j’y repense, il battait de l’aile en maudit). J’ai été en arrêt de travail pendant 3 mois. Il fallait que je me repose. Mon corps n’en pouvait plus.

Meilleure décision que j’ai pu prendre de toute ma vie. Ça été un choc, moi qui me contrôlait si bien. J’étais envahie par la peine, la tristesse, le vide et l’anxiété. Mais tsé, quand on te propose de déloger bébé de ta bédaine avec des médicaments, ça fesse un peu. Le repos s’impose.

(source: etreenceinte.com)

J’avais entendu le cœur de bébé 2 fois. Même s’il était petit et ce, depuis le tout début, il était bien là. Petit clignotant du bonheur. Mais à 12 semaines, lors de l’examen de routine du docteur, je savais que bébé nous avait quitté 2 semaines plus tôt. Pas de signes vraiment, juste un mal de ventre qui m’a mené à l’hôpital, par précaution tsé… Mais, le système de santé étant ce qu’il est, après 7h à attendre à l’urgence, j’ai quitté après avoir vu une infirmière qui me disait que c’était surement juste des contractions (les fausses là). Mais, dans les jours qui ont suivi, je l’ai senti. Les symptômes qui sont moins forts, ça met la puce à l’oreille à une madame beaucoup trop centrée sur tout ce que son corps ressent depuis 10 semaines.

Ça fait que à 12 semaines, le médecin n’a fait que confirmer la tragédie. J’étais seule, devant ce médecin qui tentait de me rassurer. J’ai vomi.

2 semaines que son petit cœur avait cessé de battre. Mais il était toujours là. Peut-être pas une si mauvaise hôtesse, après tout…

Avorter ou accoucher, c’est au choix je crois. À la maison, c’est spécial. J’ai vécu ça assez péniblement. Je l’ai vu – petit extra-terrestre, si minuscule. Je lui ai dit au revoir et à la prochaine. Puis, j’ai passé les 6h suivantes à gueuler, à crier, à sacrer, à ne plus vouloir d’enfants, parce que si ÇA ça fait aussi mal, je refuse de savoir ce que ça fait un bébé de 8 lbs qui sort de là.

(source: psychologies.com)

Puis, j’ai passé les 3 mois suivants à me remettre de toute cette aventure. J’ai tenté de vivre le deuil de cet enfant que je ne connaîtrai jamais. J’ai tenté de réaliser que grossesse n’égale pas toujours bonheur. Que ça peut aussi cruellement rimer avec tristesse. 3 mois à la maison, 3 mois pour tenter de guérir. Ça ne s’est, encore-là, pas tout à fait passer comme je le croyais. Une rupture, un déménagement, le décès de ma grand-mère. D’ailleurs, s’il y a bien une chose dont je suis heureuse, c’est que ma grand-mère n’ait pas su. Elle n’a pas pu être malheureuse. Je lui aurai au moins épargné cette épreuve-là.

Mais bon, toute aventure a des bons et des mauvais côtés. Les mauvais côtés de celle-là sont faciles à voir. Je n’ai pas accouché. Le projet famille est définitivement mis de côté. Une partie de moi est partie au pays des anges avec mon bébé. Mais, malgré tout, il y a des bons côtés. Et ceux-là, il faut savoir les reconnaître, car ce sont eux qui font qu’on arrive à remonter. Je ne sais pas encore je suis rendue où dans ma remontée, mais j’ai appris que j’ai des amis merveilleux et tellement présents. Ma famille m’a démontré beaucoup d’amour et de support dans tout ça. Je serai aussi une matante à l’automne.

ÇA, ça remet les choses en perspective, et ça redonne un peu de jus pour continuer la montée.

Maude

(photo de couverture: Sophie Nachin, parentsaparents.fr)

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