Hier encore, j’avais 20 ans, je caressais le temps…

aimer-son-corpsÉtant enfant, j’étais plus artiste, plus minutieuse. Je passais mon temps à dessiner, peindre, faire des casse-têtes, jouer à des jeux de société… Une petite fille tranquille! Je faisais de la danse aussi, j’adorais ça.

J’avais 7 ans l’été où j’ai pris 40 livres. J’ai vite été reléguée à l’arrière dans mes chorégraphies, tu comprendras bien! 7 ans, c’est pas vieux pour voir ton petit corps se transformer sans trop que tu ne comprennes pourquoi, laissant d’ailleurs les médecins et tes parents perplexes parce que rien n’a changé dans ta vie ou dans tes habitudes cet été là.

Je voyais ma différence et j’étais gênée de ne pas pouvoir exécuter les mouvements avec autant de facilité que les autres. La pirouette arrière me faisait sacrer intérieurement à chaque répétition parce que je n’arrivais pas à swinger mes jambes par-dessus ma tête aussi aisément avec mon ventre. Je me concentrais désormais sur mon corps au lieu de sur le plaisir que j’éprouvais à enchaîner les mouvements au rythme de la musique. J’ai arrêté la danse.

J’avais 10 ans lorsque j’ai fait ma première crise de larmes à ma mère, la suppliant de m’aider à mettre des sous de côtés pour une liposuccion. J’avais lu quelque part que certains médecins effectuaient des chirurgies avant 18 ans dans des cas exceptionnels. Mon poids m’obsédait.

Je ne me souviens plus de l’âge exact où j’ai commencé à retenir mon souffle quand je marchais dans des endroits publics, mais je me souviens de l’inconfort. Je pensais berner tout le monde, mais aujourd’hui je me dis que je devais avoir l’air plus ridicule qu’autre chose.

J’étais en secondaire 2 lorsque j’ai commencé mon premier régime. J’avais un mode de vie actif. Je détestais les sports parce que j’étais trop compétitive pour mes compétences. Ça me faisait chier d’être poche, alors je m’entrainais deux à trois fois par semaine. C’est difficile d’être poche avec un entraîneur! Au début ça fonctionnait bien, mais je me suis découragée. Ne voyant pas les résultats escomptés, j’ai repris du poids.

Je devais avoir 16 ans quand, à mon essayage de robes de bal, j’ai craqué dans la cabine et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps parce que la vendeuse m’a dit que la robe de mes rêves ne m’irait pas bien parce qu’elle ne cacherait pas mon ventre et me donnerait encore plus d’ampleur. On repassera pour le tact. Et by the way, madame, j’en ai essayé des robes depuis et celle-là, elle aurait été très flatteuse pour ma silhouette 😉 !

Quand j’ai voulu me mettre à rencontrer des gars plus sérieusement, je m’excusais toujours de mon poids. J’étais certaine qu’un corps comme le mien ne méritait pas d’être aimé. Je promettais d’être en processus de perte, promettais de m’entraîner – ce qui était vrai, mais qui passait un brin dans le beurre en calculant le nombre de bières ou de verres de vin que je pouvais ingérer en une semaine de cégep.

Durant toutes ces années, c’est la haine de mon corps qui me poussait à vouloir le changer. Comme si c’est pas déjà assez, il y a toujours de bonnes personnes soucieuses de ton bien-être pour te rappeler tout en délicatesse que t’es une p’tite grosse. Et ce, peu importe l’âge! Je croyais qu’un moment donné la maturité l’emporterait, mais j’ai été surprise de voir qu’encore à la mi- vingtaine, certaines personnes ressentent le besoin de te rabaisser pour essayer d’arracher un rire à leur groupe d’amis. On est tu encore au secondaire pis je ne suis pas au courant? Anyways.

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(source: pinterest.com

J’ai eu 21 ans ce mois-ci. J’affiche désormais mon acceptation corporelle sans me soucier du regard des autres. Je me suis créé un deuxième compte Instagram dédié à la body positivity où je ne me soucie plus de cacher mon double menton, mon ventre ou mes bras sur mes photos. Sincèrement, ça me fait un bien fou. La meilleure partie, c’est les filles qui viennent t’écrire en privé pour te dire que tu les inspires à s’aimer plus ou s’aimer mieux. Sentir que ton cheminement n’aura pas été en vain, que toutes ces nuits passées à sangloter dans ton lit éviteront peut-être à certaines personnes d’en faire autant.

Donc, à tous les gens qui se demandent pourquoi je continue de m’afficher (alors que le mot s’est passé dans ma région, moi qui croyais pouvoir entretenir mon petit plaisir à l’abri du regard des personnes que je connais, naïve que j’étais) je réponds: Pour moi, tout simplement. Parce qu’en grandissant, je n’avais aucun modèle de femme ronde et heureuse auquel m’identifier. J’ai décidé de devenir mon propre modèle, d’être la personne dont j’aurais eu besoin en vieillissant.

Et pour ma santé mentale – on l’oublie souvent celle-là. Quand ton corps ou ton poids devient une obsession, t’as beau être dans la meilleure shape, ça ne veut pas nécessairement dire que ça se passe bien entre tes deux oreilles. La santé physique et la santé mentale sont autant importantes et personne ne devrait se sentir mal de choisir de s’occuper de l’une ou de l’autre en premier.  Faut bien commencer quelque part! Personnellement j’ai réalisé que je n’obtiendrais jamais les résultats escomptés sur ma santé physique tant et aussi longtemps que je ne m’aimerais pas. C’est plus facile de changer son mode de vie quand ta motivation c’est l’amour et non la haine. Parce que c’est long en maudit une vie quand tu t’hais.

Ça aura pris 21 ans, mais je peux désormais affirmer que je me choisis, corps et âme. Que je ne laisserai plus les autres ou ma vision de moi-même m’empêcher de faire ce qui me plait.

Et ça ben, si c’est pas le bonheur, ça s’en rapproche drôlement.

Sarah-Eve

 

(photo de couverture: Tara O’Brien)

3 commentaires sur Hier encore, j’avais 20 ans, je caressais le temps…

  1. Justine Blanchet
    15 juin 2016 at 10:51 (1 année ago)

    Je t’aime à l’infini. T’es inspirante. T’es belle pis t’es une des plus sincères personnes que je connaisses. On gagne à te connaitre et je suis bien plus que certaine que tu aideras beaucoup de filles. Continue ton beau travail, et surtout continue de dégager une aussi belle énergie à travers ta personne et tes écrits. Je suis une amie fière de te compter parmi les personnes les plus importantes pour moi. Non seulement parce que je t’admire pour tout ce que tu es, mais aussi pour tout ce que tu deviendras Sarah-Ève. Tu deviendras une femme importante, je le sais; je l’ai toujours su. Je t’aime de plus profond de mon âme.

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  2. Nadia marcoux
    17 juin 2016 at 7:08 (1 année ago)

    Wow, ma belle sarah-Eve, je suis heureuse de voir ces mots, car cette confidence que tu nous livre est ce que plusieurs de nous, jeunes femmes pensons de nous-mêmes….

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  3. Vincent bellerose
    19 juin 2016 at 11:32 (1 année ago)

    Tres beau texte sarah ! Super inspirant! Je suis content de voir que tu t’accepte comme tu es ! Une belle femme a l’interieur comme a l’exterieur ! Les autres peuvent biens penser ce qu’ils veulent, mais ont ne changeras pas pour des gens qui ne sont pas capables de nous accepter comme nous sommes ! :)

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