Avoir peur de mourir parce qu’on aime

avoir-peur-d'aimerJ’ai pas dormi cette nuit. J’ai été incapable de fermer les yeux. J’avais la tête qui débordait de pensées et surtout, le cœur tellement gros. Il est brisé en petits morceaux, et je sais pas si je vais être capable de les recoller comme il faut. Je suis rempli d’incompréhension. Je suis triste, je suis vidé. J’ai tellement, tellement peur.

J’écris cet article sous le couvert de l’anonymat parce que je suis terrifié. J’essaie d’amasser des petites particules de courage depuis des années, de les accumuler et de les mettre ensemble pour en faire une grosse boule de confiance et être capable d’avouer à ma famille, à mes amis et au monde entier que je suis gai.

J’y étais presque, t’sais. J’avais presque prévu le moment exact, je m’étais répété des centaines de fois un petit discours quétaine dans ma tête. Je voulais enfin me libérer du poids que j’ai sur les épaules et qui me pèse depuis que j’ai réalisé que j’aimais les garçons, quelque part au beau milieu de mon secondaire.

Et cette pression insupportable, ce n’est pas de la honte. Je ne garde pas le secret parce que je suis incapable de m’accepter comme je suis et parce que j’aimerais être hétéro. Je suis fier d’être gai. Je m’assume à 100%. Je ne voudrais pour rien au monde échanger mes croyances, mes préférences, ma sexualité, mes qualités et ma personnalité. Mais la société dans laquelle j’essaie d’être moi-même, elle, elle ne m’accepte pas comme je suis.

Elle me dit chaque jour que je suis différent. Elle me répète semaine après semaine que des crimes odieux sont commis contre les membres de ma communauté. Elle me garroche en pleine face des clichés, elle définie sans cesse l’hétérosexualité comme la normalité, elle nous relègue au deuxième rang par défaut, elle nous oublie, elle ne nous inclue pas toujours. Elle se fait un devoir de me rappeler qu’il y a plusieurs personnes qui ne sont pas d’accord avec ma propre existence, simplement parce que je suis gai.

Que le monde dans lequel j’essaie juste de pas trop déranger, il comprend plusieurs personnes qui croient dur comme fer que les gens comme moi ne devraient pas avoir le droit de vivre. Tellement qu’hier, un homme plein de haine est entré dans un club gai et a tué et blessé des centaines de personnes. Des gens comme moi. Dans un endroit ou ils étaient supposés être protégés. À l’abris des regards désapprobateurs et des commentaires négatifs de ceux qui ne les acceptent pas. Dans un endroit ou ils voulaient juste danser, se laisser aller et être à l’aise.

Ils ont été attaqués dans leur safe space. Ils ont été tués, blessés, traumatisés, arrachés à ce monde. Pendant le mois de la fierté gaie. Et il y a beaucoup de gens qui sont d’accord avec ce geste. Et ils n’ont pas eu peur de le dire et de défendre le tueur. Ils sont vraiment plus nombreux qu’on pense.

Et ça, ça me fait rewinder vraiment loin dans mon cheminement vers mon coming out que je croyais imminent.

J’ai peur OK? Je l’avoue.

Toute ma vie, j’ai eu peur qu’on rit de moi, que ma famille religieuse ait de la difficulté à accepter mon homosexualité. Mais là, j’suis rendu au point ou j’ai peur de mourir un jour parce que quelqu’un est pas d’accord avec le fait que je suis un homme qui en aime un autre. C’est tu normal, ça? Avoir peur de mourir parce qu’on aime?

J’aimerais vraiment ça avoir le guts de vous dire que je stand tall et que je ne me laisserai pas abattre. J’aimerais vraiment, vraiment ça trouver la force d’arrêter de me cacher. J’aimerais vraiment ça ajouter ma voix à celles de tous les membres de la communauté LGBT+ qui se font entendre aujourd’hui, qui crient au monde entier qu’ils ne se feront pas effacer, qu’ils sont fiers et qui veulent se battre pour augmenter leur visibilité.

Mais je peux juste pas.

J’ai peur.

Je suis vraiment désolé…

M.

(bloggeur invité)
(photo de couverture: x)

2 commentaires sur Avoir peur de mourir parce qu’on aime

  1. richard Parent
    14 juin 2016 at 3:11 (1 année ago)

    Avoir vraiment peur de mourir! Allez jasez de cela avec quelqu’un au prise avec une maladie incurable, ensuite relisez vous et vous trouverez votre texte franchement hors propos meme dans les circontances

    Répondre
    • Catherine
      15 juin 2016 at 5:59 (1 année ago)

      Bien sûr Richard, quelle belle ouverture d’esprit! Minimisons la situation, clairement troublante, de ce jeune homme qui a peur pour sa vie à l’idée de s’afficher comme il est après que 50 personnes aient été tuées pour une simple question d’orientation sexuelle. Je ne vois nulle part dans son texte une opinion qui dégrade les maladies incurables. Les peurs et craintes de chacun(e) sont différentes. Je pense plutôt que c’est vous qui êtes hors propos, non?

      Répondre

Laisser un commentaire