La fois ou j’ai été au Walmart sans make-up

par Tatiana NikitinaY’a pas si longtemps (du genre y’a un an) j’étais vraiment pas à la même place dans ma tête. Dans la vie oui, par contre. Même job, même appart, même p’tite routine. Mais au niveau psychologique, de la confiance en soi et de l’énergie avec laquelle j’attaquais chaque jour, on était ailleurs complètement. J’étais la même personne, mais je pensais comme quelqu’un à qui je ne m’identifie plus du tout.

Tout le monde change et on évolue sans cesse petit à petit et ça fait partie de la vie, je sais ben. Mais mon switch à moi a été un peu précipité. J’ai appris à m’aimer, et tout a changé. Ben oui! Simple de même. Pas plus cliché que ça.

L’année dernière, je sortais pas sans maquillage. Jamais. Je prenais même le temps de mettre un p’tit fond de teint et un peu de mascara avant d’aller faire mon épicerie, « juste au cas » tsé. Je me regardais dans le miroir et j’aimais pas ce que je voyais. Du tout. Alors je me cachais derrière une couche ou deux de self-esteem liquide, parce que je pensais que ça m’aidait. Je me trouvais plus belle comme ça, une fois que j’avais caché mes cernes et ma peau qui était un peu rouge ici et là de temps en temps. Je prenais le temps de me donner une bonne dose de courage avant de passer la porte. Du courage fake, temporaire. Du courage en petit pots.

Je compte plus le nombre de fois ou je suis arrivée en retard au bureau parce que je me chixais. J’aimais mieux accumuler les lettres disciplinaires et manquer le début des réunions qu’arriver au travail pas maquillée. Faut le faire, pareil. Dans ma tête, c’était la pire affaire qu’il aurait pu m’arriver. Que quelqu’un me voit au naturel. Ma vraie de vraie face. Scandale !

Wise words

C’est parce que dans ma tête, je devais en faire plus parce que j’étais chubby. Je pensais que je partais avec des points en moins parce que j’étais ronde. Je travaillais tellement fort dans l’espoir futile de plaire aux autres, en croyant naïvement que c’était la clé pour ensuite arriver à me plaire moi-même.

Pis y’a un matin ou je me suis réveillée particulièrement hungover du party de la veille, et j’ai réalisé avec beaucoup de désespoir que je n’avais plus d’Advil. Pas de pilules, pas de Gatorade, pas de soupe Lipton. Panique totale à l’appartement. Il fallait absolument que je fasse un tour au Walmart.

Je suis passée devant le miroir chez nous et j’ai fait l’erreur de me regarder. J’étais passablement poquée. On va se dire les vraies affaires; c’est pas le lendemain d’une brosse que tu es top shape, mettons. Et là, j’ai pensé à l’effort, l’énergie, la motivation (!!!) que ça me prendrait pour me mettre une brassière (oufff) et me maquiller. J’ai pesé le pour et le contre pour environ 0.5 millisecondes avant de décider que j’allais sortir pas préparée. Yo-lo.

Alors je suis allé, j’ai traversé la rue (la proximité dudit Walmart était un avantage considérable vu l’état lamentable dans lequel je me trouvais), j’ai fait mes petites emplettes (le plus rapidement possible pour éviter de vomir dans l’allée 2) et je suis revenue.

Pis il s’est absolument RIEN PASSÉ.

Je me suis trouvé tellement ridicule que je me suis presque mise à pleurer une fois rentrée chez moi.

Je sais pas trop à quoi je m’attendais. À ce que Jean Airoldi, caché derrière une pile de linge, saute devant moi avec sa crew de caméraman et se mette à critiquer mon look d’un ton condescendant ? À ce que la caissière (qui travaille au Walmart je le répète, donc qui doit voir des gens probablement pires que moi, et ce, à longueur de journée) se mette à rire de moi en scannant mes items? À ce que les clients que j’allais croiser se chuchotent à l’oreille « as-tu vu la p’tite grosse pas maquillée, hihihuhuughghgh »?

Je sais pas. Mais c’était totalement irrationnel. J’allais quand même pas avoir honte de ma propre face! J’ai donc décidé de refaire l’exercice du miroir dès le lendemain. Non seulement j’étais moins verte et plus reposée, j’étais aussi dans un mindset différent. Je me suis dit que cette fois, j’allais me regarder et chercher des trucs que j’aimais chez moi. Un peu cliché encore une fois, je vous l’accorde. Mais quand j’ai commencé à me dire que j’aimais bien mes yeux verts et ma bouche en coeur, que je tiens de ma mère, j’ai commencé à me trouver pas pire. Et quand j’ai commencé à me trouver pas pire, j’ai été travailler pas maquillée. Je m’attendais à des « ish, t’as l’air fatiguée » mi subtiles, mi-judgmental, mais encore une fois, il s’est absolument rien passé.

J’ai donc entamé le délicat processus de commencer à m’accepter comme j’étais, petit à petit. Faut dire qu’avec les relations peu fructueuses que j’accumulais, je ne m’étais jamais vraiment sentie à l’aise d’être totalement moi-même avec quelqu’un. J’ai finalement réalisé que je me maquillais parce que je pensais que je devais absolument le faire, que j’en avais besoin pour que je me trouve belle et que les gens me trouvent belle.

Et rien n’est moins amusant qu’une obligation. J’avais effectivement pas de fun avec le make-up, parce que je me sentais obligée. Je me beurrais le face machinalement, avec des produits qui faisaient la job, mais sans plus. Juste pour dire. Juste pour dire que j’avais fait un p’tit effort.

Puis, est arrivé dans ma vie un homme incroyable qui a su m’aimer au naturel, qui me préfère même sans make-up et qui passe ses journées à me dire à quel point il me trouve magnifique. Ça aide, j’vous mentirai pas, mais la vraie réalisation elle est venue par moi-même. Alors j’ai appris à avoir du plaisir avec le maquillage. J’ai compris qu’il ajoutait à ma beauté, sans qu’il soit nécessaire pour que je sois belle.

Ça a changé ma vie et ma perception de beaucoup, beaucoup de choses, pour être bien honnête.

Et tout ça parce que j’avais pris un p’tit verre de vino de trop… 😉

The beauty of a woman is not in the clothes she wears, the figure that she carries, or the way she combs her hair. The beauty of a woman must be seen in her eyes because that is the doorway to her heart, the place where love resides. The beauty of a woman is not in a facial mole, but true beauty in a woman is reflected in her soul. It is the caring that she lovingly gives, the passion that she shows, and the beauty of a woman, with passing years, only grows!

– Audrey Hepburn

Ava xx

 

 

 

(Photo: Tatiana Nikitina)

2 commentaires sur La fois ou j’ai été au Walmart sans make-up

  1. Kass
    28 janvier 2016 at 2:35 (2 années ago)

    Magnifique texte!!

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    • Ava
      28 janvier 2016 at 9:40 (2 années ago)

      Merci ❤️ !

      Répondre

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